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Conscience, Cas pratique

A. dit à B. qu'il l'appelle et il ne le fait pas.

Comment réagit B. ?

- Il s'en moque = il est détaché, et n'attend rien

- Il est déçu = il souhaitait parler à A., il y avait une attente qui n'a pas été comblée

- Il est en colère = Une limite a été franchie, B. attendait l'appel de A., il souhaitait lui parlé, il comptait sur A., et lui faisait confiance. Il n'aime pas qu'on lui dise qu'on l'appelle si on ne le fait pas, il est plus que déçu parce que son attente était importante, il se demande pourquoi dire qu'on appelle si on n'a pas l'intention de le faire, il se demande pourquoi il n'est pas prévenu que l'appel ne sera pas possible ou reporté, il se demande si A. est encore digne de confiance, si la parole de A. n'a aucune valeur...

Je pense que cette situation est d'une banalité affligeante et qui dit "banalité" dit banalisation. Non seulement ce type de situation et de comportement est fréquent, mais nous y habituant on les tolère ; j'ai tendance à penser que chacun d'entre vous à vécu cela au moins une fois, si ce n'est plus. Du coup, la grande question est : êtes-vous A. ou êtes-vous B. ? Ou pouvez-vous être tantôt l'un, tantôt l'autre ? L'alternance des rôles est tout à fait possible.

Le cas dont je souhaite traiter c'est celui où B. est en colère, parce qu'il y a finalement peu de conséquences lorsque B. s'en moque, ou est un peu déçu. Dans ces 2 cas, il est fort probable que B. ne sera pas touché, ou prendra sur lui et passera l'éponge, et donc A. ne sera pas remis en question, il pourra joyeusement poursuivre sa pratique, et B. dans une forme d'indifférence laissera couler, soit par manque d'intérêt pour A., soit en se détournant de A. De toute façon quand il y a peu d'attentes, il y a peu de déceptions et donc il est assez aisé de ne pas se formaliser...

Donc B. est en colère et le A. détaché qui est en nous pourrait dire :

- tu exagères

- tu en fais tout un plat

- tu es trop sensible

- tu es susceptible

- tu en demandes trop

- tu es trop exigent...

Ce comportement produit de la culpabilité, cela vient juger négativement les sentiments de B. (sentiments d'irrespect, d'insécurité, manque de considération, frustration, déception, manque de confiance...)

B. est en colère et si il respecte le B. qui est lui, il se dirait :

Je suis fortement déçu que A. n'est pas tenu son engagement, je regrette de lui avoir confiance et d'avoir attendu pour rien.

La colère est l'émotion des limites et de l'action, quand nous sommes en colère cela signifie qu'une limite (comme une barrière) a été franchie. Et quand une limite a été franchie que faisons-nous ? Soit nous tentons de sécuriser la barrière qui a été franchie afin qu'elle soit le filtre efficace que nous avons défini, et dont nous avons besoin, soit nous fuyons si notre capacité à sécuriser la barrière semble vaine/perdue d'avance.

Dans le cas de B. quelle est la barrière qui a été franchie ? sa limite du respect. B. ne dit pas qu'il appelle, si il n'appelle pas, en fait B. considère que soit notre parole a une valeur, soit elle n'en a pas. Et si notre parole a une valeur, elle équivaut à un engagement. Ainsi quand B. fait ce qu'il dit, il respecte sa parole, donc ses engagements, et donc lui-même. Voilà pourquoi ça touche à une valeur fondamentale en lui qui est le RESPECT.

Maintenant on peut se demander quand est-ce que B. attend du respect et de qui ?

On pourrait dire de tout le monde, tout le temps... En vérité c'est plus complexe que cela.

Attendre (exiger) du respect correspond parfois à un besoin, parfois à une envie. Si nous n'avons ni besoin, ni envie, nous n'avons pas d'attentes à combler. Et a qui les adressons-nous ? A ceux dont nous supposons qu'ils peuvent, ou doivent y répondre, parce que nous avons un accord officiel ou tacite d'engagements. Et bien sur à nos proches.

Plus une personne est proche, plus nous y sommes attachés, plus nous attendons d'elle du respect. Parce que s'entourer de personnes qui ne nous respectent pas, mène à la misère relationnelle. Donc les relations plaisantes se réalisent avec des personnes qui nous respectent. Si nous sommes peu en relation avec une personne, il est fort probable que nous ayons peu d'envies, peu d'attentes, et de nécessité d'être en respect avec elle. Je parle bien ici des attentes de respect envers autrui et non de celui que nous sommes censés offrir à chacun.

Ainsi si une personne pour laquelle nous avons peu de considération, nous dit qu'elle nous appelle et qu'elle ne le fait pas, il serait normal d'avoir peu d'envies, peu d'attentes et donc peu de déceptions... On se dira : " bon, je ne sais pas ce qu'elle voulait, mais cela ne doit pas être important pour qu'elle ne l'ait pas fait" ; et notre vie poursuivra son bout de chemin sans plus de questions.

 

On monte d'un cran : une relation professionnelle (un client potentiel) vous dit qu'elle vous appelle, elle ne le fait pas. Bon là déjà c'est embêtant c'est un client potentiel, on a une attente d'opportunité, de déboucher. Non seulement il est possible d'être un peu agacé par son comportement, mais on est aussi déçu et dans l'incompréhension. Là il est fort probable qu'on ne laisse pas couler. Certains reprendront contact en réinvitant à l'échange, d'autres seront plus directs en signalant l'engagement non respecté, certains relanceront 1 fois, quand d'autres le feront 3 fois... Et parfois ils obtiendront ce qu'ils souhaitent et parfois pas, l'autre restera silencieux, fuyant etc... Pas facile de composer avec le manque de respect et d'engagement dans le milieu professionnel où il y a de nombreux enjeux, et où la courtoisie doit rester de mise.

 

On monte encore d'un cran : Votre rendez-vous (sentimental) de la veille vous dit qu'il vous appelle demain. La journée se passe et pas d'appel. Si vous ne souhaitiez pas revoir cette personne, en fait qu'elle vous dise qu'elle vous appelle ou non, et qu'elle le fasse ou non, vous vous en moquez, vous ne souhaitez pas la revoir.

Si vous avez passé une bonne soirée, mais sans plus, dans ce cas, si elle vous appelle tant mieux, et si elle ne le fait pas tant pis. Vous attendez un peu l'appel, mais c'est mitigé.

Maintenant imaginons que vous ayez passé une super soirée, vous avez envie d'en avoir d'autres, vous avez envie de revoir cette personne et vous êtes super content(e) de savoir que vous lui reparlerez le lendemain. Vous rentrez, passez une bonne nuit, vous vous levez et pensez à elle, à son appel, à ce que vous avez envie de lui dire etc... La matinée se passe, l'après midi se passe, vous êtes à la fois agacé(e), impatient(e), inquiet(e), vous attendez son appel, rien n'arrive, avez-vous bien compris ? Elle a dit "demain", donc si elle appelle ce soir c'est encore possible, vous essayez de temporiser vos émotions mais elles commencent à prendre de la place, la tension commence à se faire sentir, et si elle n'appelait pas et n'avait jamais eu l'intention de vous appeler ? La soirée passera sans qu'elle vous ait appelé, vous vous coucherez "mal" d'avoir attendu/espéré cet appel qui n'est jamais venu. Que faire ? L'appeler pour découvrir qu'elle ne répond pas ? ou pour découvrir qu'elle répond comme si de rien n'était ? Mais nous sommes en colère d'y avoir cru (= avoir eu confiance), d'avoir attendu, on se sent idiot(e) de toutes ces attentes, de toute cette attente, de toute cette énergie déployée inutilement, et donc est-il vraiment envisageable de toute façon de discuter à chaud ? Les moins conscients en voudront à l'autre de ne pas avoir appelé, les plus conscients s'en voudront d'avoir fait confiance à quelqu'un qui n'en est peut être pas digne. Là aussi chacun agira en fonction de sa propre conscience et de ses propres capacités. Les premiers agiront soient en attaquant, soit en fuyant. Attaquer consistera à appeler ou texter la personne en lui disant "sale C... tu m'as dit que tu m'appellerais et tu ne l'as pas fait". Fuir consistera à considérer cette personne comme dangereuse et nuisible, on lui en veut tellement qu'il est hors de question de la revoir et d'en savoir plus. Les seconds se demanderont s'il est envisageable de discuter, de comprendre, peut être y-a-t-il une explication, peut être peut-on expliquer à la personne ce que l'on ressent, ce que l'on pense et serons-nous entendus et compris... Ces dernières savent qu'elles ont envie, qu'elles ont des attentes, elles sont responsables d'avoir envie de parler/revoir A., mais elles ne sont pas responsables de l'attente créée par A.

Alors qu'est ce que B. veut ? Il veut combler toutes ces attentes, celles de revivre une bonne soirée, et celle de ne pas revivre des attentes qu'il juge irrespectueuses.

Si A. n'avait pas dit : "je t'appelle demain" et que B. se soit mis la tête à l'envers en attendant un appel de A. qui n'est jamais venu, alors là il n'y aurait aucune responsabilité de A. dans les attentes "démesurées" de B.

Le problème dans le cas qui nous occupe c'est que A. a dit qu'il appellerait, et B. l'a cru. B. n'a pas attendu un appel sorti de son imagination, B. n'a fait qu'attendre, ce qu'on lui a demandé d'attendre. Et si cet appel de A. était arrivé, B. aurait simplement été joyeux de voir arrivé l'appel qui était prévu.

Donc s'il vous arrive des événements malencontreux pour vérifier le bien fondé de vos émotions, et de ce qu'elles vous disent, établissez la chronologie des faits, les actions de chacun, ce qui a été dit et fait (jamais ce qui est induit). Observer si les faits sont cohérents avec les dires.

Si ils le sont c'est que c'est votre perception qui est erronée et donc vos émotions ne sont pas fondées sur la réalité des faits, mais sur votre interprétation (erronée) de la réalité.

Si les faits ne sont pas cohérents avec les dires, dans ce cas, vos émotions seront fondées sur les faits et vous respecter sera de les respecter et d'agir en conséquences.

Si vous êtes A. et que vous avez l'habitude de répéter ce type d'agissements.

Tout est question de conscience et de jugements de soi. Vous avez le droit d'être détaché, d'avoir peu de considération pour une personne; Je pense que personne ne peut vous reprocher de ne pas avoir envie d'être en relation avec quelqu'un, qu'il s'agisse de votre voisin, du maraicher, de votre collègue de bureau ou d'une rencontre sentimentale. Mais si vous souhaitez être une personne cohérente, respectueuse d'elle-même et par conséquent des autres, je vous encourage à cesser de prendre des engagements que vous n'êtes pas surs de tenir. Dans le cas présenté ici, ce qu'on attendait de vous, c'était : soit de ne pas dire "je vous appelle", soit d'appeler.

 

On dit qu'il faut "tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler".

J'invite A. et B. à bien s'assurer de ce qu'ils disent, est-ce ce qu'ils veulent (vraiment dire/faire) ? Est-ce ce qu'ils peuvent (vraiment dire/faire) ? Tant que l'on parle à tort et à travers, sans être conscient de ce à quoi ça nous engage, de ce à quoi ça engage l'autre, il est fort probable que notre manque de cohérence ait des conséquences plus ou moins fâcheuses dans nos relations.

Fixer un rendez-vous à quelqu'un engage 2 personnes à être présentes.

S'engager à appeler quelqu'un qui accepte d'être appelé, implique qu'il y ait un appelant et un appelé, quelqu'un qui fait et quelqu'un qui accueille, si l'un des deux manque à l'appel, l'engagement ne peut être réalisé.

 

Cela signifie que A. aurait pu être B. si A. appelle et que B. ne répond pas, ne rappelle pas, alors là c'est A. qui aurait vécu toutes les couleurs émotionnelles de B. Et là aussi cela aurait indiqué que A. avait envie, A. était engagé, quand B. ne l'était pas.

Tout ça pour dire que la raison pour laquelle les "bonnes" relations humaines reposent sur le respect, c'est parce que le respect est le fondement/la fondation de la confiance. Avec confiance et donc sans peur, on partage beaucoup, on est ouvert pour accueillir (aimer) l'autre.

Sans confiance, avec méfiance et peur, on se ferme pour éviter le danger, on ne partage pas/plus, on agresse ou fuit l'autre.

En conclusion, que faire ? Il n'y a pas de victimes, ni de coupables !

Il n'y a que des personnes plus ou moins conscientes d'elles-mêmes, qui sont responsables ou irresponsables de leurs actes.

Ici A. est responsable de s'être engagé à une action qu'il n'a pas respecté, il est conscient ou non de ce qu'il fait (expression de sa volonté/intention), et avec le recul il a le choix de s'en responsabiliser ou pas. Le responsable assumera d'être peu engagé, et il aura le choix de se désengager, ou de réparer les conséquences de ces actes, pour prouver/montrer la valeur de son engagement, qui a fait défaut précédemment. L'irresponsable justifiera ses actes (façon de leurs donner une raison d'être), et tentera de culpabiliser B. en lui expliquant qu'il exagère, qu'il est pas cool, qu'il prend tout à cœur etc.... bref que c'est lui qui déconne. (= juger qu'il y a une faute à la place d'une responsabilité, et qu'elle appartient à l'autre et non à soi)

B. est responsable de ses limites, chacun met le curseur de ses valeurs où il souhaite, de son engagement, et de la confiance qu'il accorde et à qui (= discernement). Le responsable assumera d'avoir fait confiance et choisira de poursuivre son engagement en refaisant confiance, ou de se désengager en ne faisant plus confiance. L'irresponsable en voudra à l'autre, lui prêtera des intentions malveillantes, et tentera de culpabiliser A. pour le punir, histoire que A. subisse autant de désagréments que B. jugera en avoir subi (=vengeance/rancœur)

Entendons-nous bien je ne dis pas ce qui est bien ou mal, ni ce que chacun doit faire, je vous invite à regarder, à écouter, à vous reconnaître et à agir.

Je sais combien ces mécaniques sont intimement ancrées en nous, à quel point elles parlent de nos insécurités, de nos manques, de nos dénis, de nos faiblesses...

Combien il est difficile d'avoir le courage d'en prendre conscience et de changer.

Nous sommes nombreux à jouer tantôt le rôle de la victime, tantôt celui du bourreau, pour nous éviter d'affronter la culpabilité qui est en nous.

La culpabilité induite par l'autre ne peut exister que si elle existe en nous. Personne ne vous fera culpabiliser ou douter de vous, si ce n'est déjà le cas avant ! Et la culpabilité est un poison qui nous ronge de l'intérieur. La culpabilité dit : qu'on s'en veut, qu'on a des regrets, qu'on n'est pas fier de soi, qu'on ne s'assume pas, qu'on s'auto-flagelle, qu'on se punit, qu'on juge ne pas avoir fait ce qu'on aurait dû... Si on accueille et écoute cette culpabilité, elle est censée nous apprendre quelle personne nous avons été et quelle personne nous souhaitons être. Elle nous montre le chemin à suivre la prochaine fois pour être en accord avec nous-même, nous respecter, pouvoir être fier de nous et donc assumer nos actes, pour devenir responsable et non coupable. Ainsi elle a une utilité à condition d'être reconnue en soi, accueillie et non pour se faire souffrir comme un martyre (une victime). Quand A. et B., irresponsables, tentent de culpabiliser l'autre, ils rejettent leur propre culpabilité sur l'autre, en espérant que si l'autre se sent coupable, ils ne sentiront plus leur propre culpabilité. Croyance vaine, il ne s'agit que d'un tour de passe-passe, une diversion, une illusion... Pendant qu'ils s'en prennent à l'autre ça leur évite de se sentir eux. Et que se passe-t-il à la fin d'un tour de "magie" ? le magicien sait qu'il a manipulé l'assemblée, et l'assemblée n'a pas trop compris ce qui s'est passé, ni comment mais elle a joué le jeu qu'on attendait d'elle et elle sait qu'elle s'est faite manipulée.

Croyez-vous vraiment que la culpabilité se soit effacée avec ces comportements ? Non bien sur, elle a été nourrie, attisée et elle est encore plus grande après.

D'où l'importance et la nécessité de se respecter, en respectant nos ressentis/émotions et ce qu'ils disent de nous.

Courage, Conscience, et Responsabilité pour transformer et dépasser tous ces événements du quotidiens, qui semblent anodins en apparence (banalisation), mais qui, mis bout à bout, créent des chaines, nos chaines...

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